Auteur du rapport « Chantier des collectivités territoriales » présenté le 22 juillet dernier au Bureau du comité stratégique du Plan Bâtiment Grenelle, Pierre Jarlier nous fait partager son analyse sur la performance énergétique des collectivités.
« Les études relatives à la consommation et à la
performance énergétique des collectivités sont peu
nombreuses. Contrairement au patrimoine de l’état,
qui a fait l’objet d’évaluations approfondies, celui des
collectivités reste peu connu.
Les analyses effectuées sont ponctuelles et
ciblées et n’offrent pas une vision globale et
continue du patrimoine des collectivités ; ce
qui freine la mise en oeuvre du plan bâtiment
Grenelle.
Néanmoins, on peut estimer que le poste « énergie » représente en moyenne 4 % du budget de fonctionnement d’une commune. Ce chiffre se justifie notamment par l’importance du parc bâtimentaire de nos collectivités, qui entretiennent plus de 280 millions de m². Les bâtiments scolaires représentent 149,2 millions de m², soit 53 % du parc des collectivités, loin devant les équipements sportifs, culturels et de loisir (16 %) ou relatifs à l’action sociale (13 %). »
« Pour les collectivités, il faut souligner les avancées
significatives de la loi Grenelle II en matière de prise
en compte des critères de développement durable
dans les outils de planification que sont les SCOT et
les PLU. Une vision plus territoriale et donc plus
cohérente de l’urbanisme permettra sans doute
de lutter plus efficacement contre l’étalement
urbain et par voie de conséquence contre le
gaspillage de l’énergie.
De même, la reconnaissance des Agendas 21 comme support de l’élaboration d’un véritable projet territorial de développement durable permettra de proposer des
réponses adaptées aux enjeux environnementaux,
économiques et sociaux du territoire à une échelle
pertinente, notamment intercommunale. D’application
volontaire, cet outil a franchi une nouvelle étape avec
l’introduction dans la loi Grenelle II d’un nouveau
chapitre consacré aux projets territoriaux de
développement durable et qui fait de l’agenda 21
local un support de contractualisation avec l’état.
à cet égard, en matière de lutte contre les changements climatiques et de maîtrise de l’énergie, les Plans Climat-énergie Territoriaux (PCET) définis dans la loi apparaissent aussi comme un excellent vecteur de mutualisation et d’économies. »
« Les élus sont sensibles aux enjeux environnementaux et aux préoccupations liées à la rénovation thermique des bâtiments de leur collectivité. Cependant, les collectivités manquent souvent de moyens techniques pour bien connaître la nature des travaux à réaliser et les dispositifs juridiques sont parfois trop complexes.
La question des financements reste
particulièrement problématique pour atteindre
les objectifs à échéance 2020 et 2050, d’autant
plus avec la suppression de la part de la taxe carbone
dédiée aux collectivités, car les investissements
nécessaires sont lourds et s’amortissent sur des
durées encore très longues.
Le Chantier « Collectivités territoriales » que j’ai piloté
dans le cadre du Plan Bâtiment Grenelle a dégagé
28 propositions d’action. Sans entrer dans le détail,
on peut citer le renforcement du rôle de l’Ademe
qui apparait comme un interlocuteur privilégié des
collectivités, le renforcement et le développement
des outils de diagnostic, ou encore l’évolution du
code des marchés publics pour une meilleure prise
en compte de la notion de coût global.
Parallèlement, la politique de rénovation thermique des bâtiments doit, pour trouver une mise en oeuvre effective, bénéficier de leviers. L’éco-conditionnalité des aides publiques, les prêts et les financements bonifiés constitueraient une réponse adaptée aux attentes des collectivités, tout comme le développement des politiques contractuelles entre l’état et les collectivités dans le cadre de la mise en oeuvre de stratégies globales de développement durable. »
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